Le crédit à la consommation progresse malgré la hausse des taux

Un ménage qui finance une voiture d’occasion à 12 000 euros en 2024 payait environ 300 euros de mensualité sur 48 mois. Le même crédit souscrit début 2026, avec des taux en hausse, coûte sensiblement plus cher par mois. Et pourtant, le crédit à la consommation continue de progresser en France : 42 % des Français détiennent un crédit à la consommation, soit deux points de plus sur un an.

Plusieurs mécanismes concrets expliquent pourquoi la demande de crédit résiste à la hausse des taux.

Paiement fractionné requalifié en crédit conso : l’effet statistique de novembre 2026

On parle beaucoup de la hausse de la demande, mais une partie de la progression tient à un changement de périmètre réglementaire. À partir du 20 novembre 2026, les paiements en 3 ou 4 fois (même sans frais) sur moins de 90 jours et les mini-crédits de moins de 200 euros deviennent juridiquement des crédits à la consommation. C’est l’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, qui transpose la directive européenne 2023/2225.

Concrètement, des facilités de paiement qui échappaient aux statistiques entrent dans le compteur. Un achat à 150 euros payé en trois fois sur un site e-commerce sera désormais soumis à l’obligation d’information précontractuelle, à l’évaluation de solvabilité et au droit de rétractation de 14 jours.

Pour les commerçants en ligne, cela change la donne opérationnelle : formulaires de souscription plus lourds, vérifications bancaires supplémentaires, délais de validation allongés. Pour les statisticiens et les analystes du marché, l’encours de crédit à la consommation va mécaniquement gonfler sans que les comportements d’achat aient réellement changé.

Client discutant d'un crédit à la consommation avec un conseiller bancaire dans une agence moderne

Taux d’intérêt en hausse : pourquoi les ménages empruntent quand même

Les taux moyens des prêts personnels et autres crédits à la consommation échéancés ont poursuivi leur remontée au premier trimestre 2026. Sur le terrain, on observe que cette hausse n’a pas freiné la demande, et les raisons sont assez directes.

Le crédit auto reste le premier moteur

L’automobile concentre la part la plus importante des crédits à la consommation souscrits. Quand une voiture tombe en panne ou qu’un contrôle technique impose un remplacement, le ménage n’a pas le luxe d’attendre une baisse des taux. Le besoin de mobilité prime sur le coût du financement.

Les retours varient sur ce point, mais pour beaucoup de foyers en zone périurbaine ou rurale, reporter l’achat d’un véhicule n’est tout simplement pas une option.

Une perception du pouvoir d’achat plus favorable chez certains profils

L’étude CSA Research pour Cofidis met en évidence des disparités marquées selon les profils. La reprise du crédit à la consommation est tirée principalement par les ménages les plus aisés, dont la perception du pouvoir d’achat s’est améliorée. Ces emprunteurs absorbent la hausse des taux sans difficulté majeure.

Pour les ménages modestes, la situation est différente. Le recours au crédit existe, mais il répond davantage à des besoins contraints qu’à des projets de confort.

Crédit à la consommation et risque de surendettement : ce que change le décret d’août 2026

Le décret n° 2026-719 du 1er août 2026 renforce les obligations des établissements prêteurs vis-à-vis des publics fragiles. Cette contrepartie réglementaire accompagne directement la progression du crédit conso.

Les nouvelles règles imposent aux banques et organismes de crédit plusieurs contraintes supplémentaires :

  • Une évaluation de solvabilité renforcée avant l’octroi, y compris pour les petits montants désormais requalifiés en crédit
  • Une obligation d’information précontractuelle standardisée, avec mention claire du coût total et du taux annuel effectif global
  • Un accompagnement spécifique pour les emprunteurs identifiés comme vulnérables, notamment les jeunes adultes (les 18-29 ans représentent une part notable des dossiers de surendettement au premier trimestre 2026)

L’objectif affiché est de prévenir le surendettement dans un contexte où la facilité d’accès au crédit (paiement fractionné, mini-prêts en ligne) a considérablement baissé la barrière d’entrée.

Couple étudiant les taux de crédit à la consommation sur un ordinateur portable dans leur salon

Encours de crédits aux particuliers : les chiffres de la Fédération bancaire française

D’après les données publiées par la Fédération bancaire française, l’encours de crédits aux particuliers a continué de croître au printemps 2026. Ce chiffre englobe le crédit immobilier, qui reste largement majoritaire en volume, et le crédit à la consommation.

La part du crédit conso dans l’encours total progresse, portée à la fois par la demande réelle et par l’élargissement du périmètre réglementaire évoqué plus haut. L’évolution annuelle confirme une tendance de fond : le crédit à la consommation n’est plus un recours ponctuel pour une partie des ménages, mais un outil de gestion courante du budget.

Ce que révèle la durée des prêts

Un indicateur peu commenté est l’allongement de la durée des crédits conso. Pour compenser la hausse des taux et maintenir des mensualités supportables, les emprunteurs (ou les organismes qui leur proposent des simulations) étirent la durée de remboursement. Le coût total du crédit augmente, mais la charge mensuelle reste dans les clous du taux d’endettement.

C’est un mécanisme bien connu en crédit immobilier, qui se diffuse désormais sur le crédit à la consommation.

Évolution du marché du crédit conso : ce qui se joue d’ici fin 2026

Deux dynamiques vont se croiser dans les prochains mois. D’un côté, l’entrée en vigueur des nouvelles règles sur le paiement fractionné le 20 novembre 2026 va redistribuer les cartes pour les acteurs du e-commerce et les organismes spécialisés. De l’autre, la Banque centrale européenne ajuste progressivement sa politique monétaire, ce qui influencera l’évolution des taux des prêts à terme.

  • Les enseignes de commerce en ligne devront adapter leurs parcours d’achat pour intégrer les obligations liées au crédit à la consommation
  • Les organismes de crédit devront absorber un volume de dossiers plus important, avec des montants unitaires parfois très faibles
  • Les emprunteurs bénéficieront d’une meilleure protection, mais au prix d’un processus de souscription plus long

Le crédit à la consommation progresse, mais le marché qui se dessine fin 2026 n’aura plus grand-chose à voir avec celui de 2024. La requalification du paiement fractionné, le renforcement des obligations prudentielles et la remontée des taux redéfinissent les règles du jeu pour les prêteurs comme pour les emprunteurs. Le coût total des crédits, les obligations de vérification et les seuils de protection des emprunteurs vulnérables seront les trois variables à surveiller d’ici la fin de l’année.

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