Le marché locatif français reste sous tension, avec une pénurie de logements qui s’accentue dans plusieurs agglomérations. L’investissement locatif en 2024 attire pourtant des profils d’investisseurs qui ne ressemblent plus à ceux de la décennie précédente. Jeunes aidés par leur famille, quadragénaires en quête de diversification, acheteurs qui contournent la gestion locative classique : la recomposition est en cours.
Profils d’investisseurs en immobilier locatif : qui achète vraiment en 2024
Le sondage réalisé par l’Adresse avec OpinionWay révèle que 37 % des moins de 35 ans ont l’intention d’acheter un bien dans les deux ans, dont un tiers pour le mettre en location. Le chiffre frappe, mais il masque une réalité moins uniforme.
Sud Habitat souligne qu’entre 2021 et 2025, les jeunes qui parviennent à investir sont de plus en plus des profils aidés par leur famille ou héritiers. Les jeunes sans patrimoine, eux, sortent progressivement du marché de l’investissement résidentiel. Ce glissement modifie la sociologie des nouveaux bailleurs.
Parallèlement, le viager attire une génération de 35 à 50 ans qui cherche un rendement immobilier perçu comme moins risqué que la location classique. Ces investisseurs acceptent un horizon long en échange d’une décote à l’achat et d’une absence de gestion locative au quotidien.
| Profil | Tranche d’âge | Mode d’investissement | Motivation principale |
|---|---|---|---|
| Jeune aidé par sa famille | Moins de 30 ans | Achat locatif classique | Constitution de patrimoine |
| Quadra diversificateur | 35-50 ans | Viager ou niche | Rendement sans gestion |
| Investisseur copropriétaire | Variable | Convention d’indivision | Rendement immobilier sans relation bailleur-locataire |
| Bailleur traditionnel | 45-60 ans | Location nue ou meublée | Revenus complémentaires |

Tension locative en France : le déséquilibre qui change la donne pour les investisseurs
La pénurie de logements à louer redessine les rapports de force. Dans certaines villes, un deux-pièces reçoit plusieurs dizaines de candidatures en quelques jours. Capital rapporte le cas de 38 candidatures pour un deux-pièces en deux jours dans les agglomérations les plus tendues.
Cette tension n’est pas uniforme. Les petits logements concentrent l’essentiel de la demande excédentaire, tandis que les grandes surfaces se louent plus lentement dans les mêmes zones. Pour un investisseur, cibler un studio ou un T2 dans une ville où la demande locative dépasse largement l’offre réduit le risque de vacance.
En revanche, la construction de logements neufs ne suit pas le rythme des besoins. Le Crédit Agricole pointe un décalage structurel entre les mises en chantier et la demande résidentielle. Ce déficit alimente la hausse des loyers dans les zones tendues et maintient la rentabilité locative à un niveau qui attire de nouveaux entrants.
Investissement locatif sans gestion : les alternatives au bail classique
Le profil du bailleur qui gère lui-même ses locataires recule. Parmi les freins identifiés par le sondage OpinionWay pour l’Adresse, la crainte des impayés et la lourdeur de la gestion locative figurent en tête des raisons qui retiennent les Français.
Club Patrimoine décrit un modèle émergent : l’investisseur finance la rénovation d’un propriétaire occupant et devient copropriétaire via une convention d’indivision. Pas de locataire, pas de bail, pas de gestion courante. Le rendement se matérialise au rachat des parts ou à la revente du bien. Ce type de montage attire une clientèle qui veut de l’immobilier sans les contraintes du rôle de bailleur.
Le viager s’inscrit dans la même logique. L’acheteur verse une rente au vendeur qui reste occupant du bien. Pas de recherche de locataire, pas de DPE à mettre aux normes pour la mise en location. Le rendement dépend de la durée de vie du vendeur, ce qui introduit un aléa différent du risque locatif classique.
- Convention d’indivision avec un propriétaire occupant : rendement à la revente, aucune gestion locative
- Viager occupé : décote à l’achat, rente versée au vendeur, pas de bail ni de vacance
- Statut de bailleur privé avec dispositif fiscal : location classique mais encadrée, avec avantages fiscaux sous conditions
Rentabilité locative et fin du Pinel : ce que les chiffres montrent
La fin programmée du dispositif Pinel en décembre 2024 ferme une porte fiscale qui orientait une part significative des investissements vers le neuf. Les réductions d’impôt pouvaient atteindre 21 % du prix d’acquisition avec le Pinel Plus, un levier qui disparaît.
Pour les investisseurs qui entraient sur le marché via ce dispositif, le calcul de rentabilité change. Sans avantage fiscal, le rendement locatif brut doit compenser seul le coût de l’opération. Les villes où le prix au mètre carré reste modéré par rapport aux loyers pratiqués gagnent en attractivité relative.
La baisse des taux d’intérêt amorcée en 2024 compense partiellement la perte fiscale. Les demandes de crédits immobiliers repartent à la hausse, et les vendeurs, conscients du contexte, acceptent plus souvent de négocier. L’INSEE relevait une baisse moyenne des prix de 4 % en France au quatrième trimestre 2023, avec des reculs plus marqués à Paris.

Marché locatif 2024 : trois critères pour évaluer un investissement
- Le ratio entre le prix d’achat et le loyer annuel atteignable, qui détermine la rentabilité brute. Un bien acheté dans une ville moyenne à prix modéré peut dégager un rendement supérieur à un appartement parisien trois fois plus cher
- Le taux de vacance locative local, qui mesure le risque réel de ne pas trouver de locataire. Les zones où la demande excède l’offre de manière structurelle limitent ce risque
- Le coût de mise aux normes énergétiques, puisque la réglementation DPE interdit progressivement la location des passoires thermiques. Un bien mal classé nécessite un budget rénovation qui pèse sur la rentabilité nette
La recomposition du marché locatif français pousse chaque profil d’investisseur vers des stratégies distinctes. Le jeune aidé par sa famille vise la constitution de patrimoine via un achat classique. Le quadragénaire diversifie avec le viager ou la copropriété sans bail. Le bailleur traditionnel, lui, arbitre entre la fin du Pinel et la baisse des taux. Le point commun reste la pénurie de logements, qui maintient la pression sur les loyers et soutient la rentabilité dans les zones les plus tendues.

